Article du CARE
On ne naît pas aidante, on le devient.
Nous le savons, être aidant(e), c’est tenter de concilier plusieurs temps sociaux, d’abord personnels et professionnels. À ces temps, s’ajoute celui de l’aidance. C’est-à-dire venir en aide, de manière régulière et quotidienne à un proche dépendant dans les actes et activités de la vie quotidienne (soins, accompagnement, démarches administratives, activités domestiques, etc.). Pour rappel, le temps d’aidance hebdomadaire s’élève en moyenne entre 9 et 10 heures.
En France, la majorité des aidant(e)s sont des femmes, à environ 60 %. Elles consacrent en moyenne deux fois plus de temps que les hommes à ces soins.
Les femmes sont en première ligne.
Culturellement et historiquement associées à la notion de care, du « prendre soin », les femmes seraient naturellement les mieux placées pour s’occuper des autres. Au-delà de la sphère privée, dans les métiers du soin et de l’accompagnement social, elles sont également surreprésentées.
Au sein des fratries, ce sont le plus souvent elles qui assurent l’accompagnement de leurs parents vieillissants ou malades. Selon une enquête de l’UNAF datant de 2024, lorsqu’il s’agit d’aider un parent âgé, l’aidant(e) est dans deux cas sur trois la fille de la personne aidée.
Dans les foyers, ce sont aussi majoritairement les femmes qui gèrent. Selon la même enquête, ce sont les mères qui sont aidantes dans 75 % des cas d’accompagnement d’un enfant atteint de handicap. Elles prennent rapidement en main l’organisation du quotidien et la gestion du parcours de soin de l’enfant. De son côté, le père, perçu comme exerçant une activité plus stable et mieux rémunérée, demeure le pourvoyeur des ressources.
Mais quelles sont les conséquences de cette construction sociale qui fait des femmes, au sein des foyers comme des fratries, les premières à endosser le rôle d’aidante avant leurs frères ou leurs maris ? Plus que des conséquences, les coûts de l’aidance pour les femmes sont nombreux.
Ces charges, qui s’accumulent et ne peuvent être humainement assumées seules, obligent les femmes à aménager leur temps, voire à mettre un terme à leurs activités.
L’effort constant auprès de leur proche, qui s’ajoute au quotidien des mères, salariées, épouses, étudiantes, leur ouvrant parfois une triple journée, ne peut être tenu indéfiniment.
Dès lors, les aidantes n’ont qu’une seule solution : se mettre en retrait.
Elles sacrifient alors leur vie professionnelle, personnelle, leur santé, leurs finances et leur retraite.
En effet, alors que l’un des facteurs majeurs d’inégalités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail reste l’inégale répartition des tâches parentales et domestiques, l’aidance accentue davantage ce phénomène.
Le rôle qu’endossent les aidantes, les poussent à réduire leur temps de travail, à renoncer à des évolutions de carrière, à accepter un déclassement professionnel voire parfois, cesser toute activité. Selon une étude de l’Observatoire de la BPCE datant de 2023, 80 % des aidant(e)s au foyer sont des femmes et 43 % d’entre elles ont dû arrêter de travailler en raison de leur situation d’aidante.
Les aidantes s’éloignent ainsi durablement du marché de l’emploi et connaissent de grandes difficultés à y retourner.
Dans le même temps, celles qui diminuent leur temps de travail, diminuent d’autant la validation de leurs trimestres cotisables et connaitront un départ à la retraite plus tardif et une pension diminuée.
Pour atténuer les conséquences de ce phénomène, depuis 2023, les aidant(e)s d’un enfant ou d’un adulte en situation de handicap ou en perte d’autonomie peuvent être affiliés gratuitement à l’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA) et bénéficier d’un octroi maximum de quatre trimestres supplémentaires. En pratique, l’éligibilité à ce dispositif est très restreinte.
À court, moyen et long terme, les femmes aidantes se précarisent.
À cela s’ajoute, la disparition du temps pour soi. Ce renoncement à la vie sociale, cet effacement du contact avec ses proches, cet abandon forcé d’activités sportives, associatives et des vacances font peser un risque énorme sur l’état de santé des aidant(e)s. Il est nécessaire de le rappeler, nombreux sont les aidant(e)s qui décèdent avant leur proche.
C’est au prix de leur santé, de leurs journées, de leur vie, de leurs salaires et de leurs retraites que les aidant(e)s, majoritairement les femmes, s’occupent des autres, plus que les autres.
Pivots de l’aidance et du soin, ce sont les femmes qui permettent à notre système de santé de tenir. Aidantes, aides-soignantes, infirmières, assistantes sociales, auxiliaires de vie, elles s’occupent des autres, plus que les autres.
Aider un proche ne doit pas se faire au prix d’une activité professionnelle épanouissante, d’un salaire juste, d’un état de santé préservé ou d’une retraite méritée. Il est temps de s’en rendre compte.
Nous serons tous, un jour, concernés par l’aidance.
Rien à CARE ?
On s’en occupe.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à lire la publication récente de la Fondation des Femmes : une note rédigée par son Observatoire de l’émancipation économique des femmes, intitulée « Le coût d’être aidante : peut-on aider sans compter ?« .
